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Petit nerd deviendra geek
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Votre unité centrale n'est jamais éteinte,
vous vous surprenez à taper sur un clavier imaginaire, il
y a une semaine que vous n'avez pas mangé équilibré
? Attention, vous êtes peut-être devenu un nerd tendance
geek.
Les plus " beaux " spécimens se
trouvent forcément dans la Silicon Valley, mais chacun d'entre
nous en connaît sûrement un. Ces oiseaux de nuit qui
préfèrent communier avec leur bécane plutôt
qu'avec une compagne, pour qui la relation homme/machine ne se limite
pas aux heures de bureau et qui n'ont pas vu le soleil depuis la
sortie de la première version bêta de Windows XP. Ils
se nourrissent de " junk food " et de tout ce qui peut
être commandé par le Net, boivent du Coca (toujours),
ont des boutons (parfois), et portent des lunettes (souvent). Bref,
on les appelle les nerds. Terme difficilement traduisible car venant
de l'argot informatique anglais, le nerd est " un accro de
l'informatique qui investit beaucoup d'énergie dans cette
activité au détriment des autres " (Office de
la langue française). Les premiers nerds seraient donc apparus
en même temps que l'informatique (Turing, premier nerd ?)
pour se développer avec la micro-informatique et s'épanouir
réellement avec le Web. C'est cette dernière vague
qui intronise le geek (prononcer " guik ") : maniaque
de l'Internet dont la principale motivation est d'êtr... internaute
!
Petite typologie du nerd
Le nerd appartient donc à une grande famille.
Le must : ceux qui font l'informatique de demain, des fous ultra-
compétents parlant couramment le perl et le java. Autrement
dit, les rejetons de Bill Gates décrits par Douglas Coupland
dans son roman Microserfs (1) : nous sommes chez Microsoft. Les
employés ont une trentaine d'années. La moyenne de
leur QI est supérieure à 135. Leurs espaces sont décorés
de maquettes de la série " Star Trek ", de posters
des années 70, les seules fantaisies acceptées dans
des bureaux aux coins bien carrés. Moins noble, le nerd inutile
qui bidouille mais n'invente rien et aime par- dessus tout les jeux
vidéo. Ceux-là se réunissent dans les LAN parties.
Du 25 au 27 mai dernier, à la Défense, ils étaient
plus de 1 100 à s'entretuer sur Quake ou Starcraft. Mauvais
rejeton, le nerd nuisible, le " cracker " malfaisant qui
squatte par exemple les lignes téléphoniques dans
un but non utile. A ne pas confondre avec les " hackers ",
comme aimaient se nommer les pères de l'informatique unixienne
(2). Animés par de nobles causes (démocratiser l'accès
aux ordinateurs), ces " vrais programmeurs " sont les
premiers à avoir diffusé sur Arpanet dans les années
70 des listes à caractère " social ", telle
SF-Lovers pour les férus de science-fiction.
Parlez-moi d'octets
Reste qu'il n'est pas toujours aisé de saisir
la différence entre un nerd et un geek. Les messages laissés
sur les forums de discussions ne sont pas d'un grand secours. Certes,
les réponses fusent dans les dix minutes qui suivent, corroborant
bien le postulat selon lequel le nerd et le geek ont le nez dans
l'ordinateur, mais elles ne sont pas très concluante... Ainsi,
l'expérience a été faite sur le forum de hardware.fr,
où la question posée par " Alberta " n'a
obtenu comme réponse que des borborygmes du style "
PTDRZZZZ ! ! ! ", " mouhahaha ", ou des photos plutôt
exotique... Le geek serait un individu passant son temps à
socialiser sur un ordinateur par le biais des IRC (Internet Relay
Chats, espaces de discussion en ligne), des jeux en réseau
ou de l'écriture de shareware. Il vit dans le cyber. Le nerd
par contre fait figure de véritable autiste obsédé
par les sciences et la technologie. Mais, derrière ces qualificatifs
à consonance plus ou moins péjorative ou affectueuse
(ça dépend si l'on est nerd ou geek sans le savoir),
il y a des gens plutôt calmes, intellos et introvertis. Ils
ont eu leur premier ordinateur vers huit ou neuf ans. Ils ont programmé
leur première application à douze ans en basic. Aujourd'hui,
on reconnaît le geek par sa tenue : chemise blanche, protège-poche
(les " pocket protectors " sont de petits étuis
en plastique qu'on glisse dans la poche de sa chemise pour que les
stylos qui fuient ne tachent pas le tissu). Sa conversation : il
ne parle que d'ordinateur... et d'octets. Le geek travaille dans
des boîtes informatiques, ou alors il est développeur
de jeux vidéo, de sites Internet ou graphiste. En fait toute
profession liée à Internet pouvant se faire à
partir de chez soi. Car le geek est parfaitement équipé.
Tel Steve, geek-musicos habitant San Francisco : " J'utilise
un Mac, un PC et des systèmes Unix. J'ai aussi une table
de mixage, un ampli pour ma guitare, et quelques caméras
vidéo, comme la Hi-8 de Sony. J'ai un appareil photo numérique,
le Casio QV10. Je viens d'acheter un Rolan PMA-5, pour faire de
la musique. Je vais bientôt upgrader tout mon système
pour être capable de filmer des trucs avec ma caméra
Hi-8, numériser les images, les monter, ajouter des graphiques
et tout. Il me faut encore 10 000 dollars ! Et je peux les gagner
en faisant un boulot. Je travaille à la maison autant que
possible puisque je suis bien équipé. Je peux vivre
en travaillant vingt heures par semaine pour des grosses sociétés
grâce à un bon tarif horaire. C'est assez pour me permettre
de poursuivre les choses qui m'intéressent. "
L'humour geek
La démonstration n'est toujours pas convaincante
? Allez donc faire un petit tour sur les différents sites
vitrines de cette communauté, tels geek.com ou hardware.fr,
Anandtech.com, index-material.com. Le geek ne se dévoile
pas facilement. Il faut donc le traquer dans les rubriques matos
répondant aux doux noms de base overclocking, cartes 2D/3...
Et surtout faire un tour sur les espaces de discussion en ligne.
En la matière, le site Cyber-trou du cul (http : //www.multimania.com/
azerty0/) parodie à la perfection cet univers. D'y expliquer
par exemple comment devenir un " Cyber-Djeunz " pour "
faire d'Internet une boîte de nuit virtuelle géante
où l'on drague des boudins sur IRC en écoutant un
MP3 de Ricky Martin tout en scannant sa photo en 16 millions de
couleurs pour être élu Mister Infonie ". Le Kit
du cyber-djeunz, c'est " un PC made in Fnac, avec le modem-répondeur-fax-frigo
...], les indispensables pagers pour se connecter à l'Internet
multimédia interactif (en 3D), à commencer donc par
ICQ, le classique, le sérieux, puis Pow-wow (au cas ou ICQ
soit victime d'un attentat par des fanatiques religieux) et enfin
Yahoo Pager (si jamais le Department of Justice fait un procès
à Pow-wow pour monopole du plus grand nombre de W dans un
nom de pagers) ". Passage obligé de chaque internaute,
" la homepage où tu pourras faire connaître au
monde entier ta passion pour les cartes Magic ou les 306 kitée...
Le tout chargé de gifs animés, c'est l'essentiel.
Et bien sûr, inscris-toi au Top Ouaibe, participe aux Links
Exchange, enfin tous ces trucs qui font le succès d'une homepage
de paysan ". Ça vous fait rire ? Vous êtes peut-être
contaminé...
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(1) Douglas Coupland, Microserfs, Editions Harper
Collins, 1995.
(2) Steve Levy, Hackers, éd. Anchor/Doubleday, 1984.
PAR CLAIRE-HÉLÈNE CASTIER
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